Scène III - Une rue
(L’Attaché-Politique et l’Acolyte sortent de l’Édifice dans une rue : la rue sur laquelle l’Édifice est, je crois. L’Édifice de béton est immense vu de l’extérieur et il semble gratter le ciel d’un seul doigt)
L'ACOLYTE - Comme il me fait tout étrange de sortir de l’Édifice.
ATTACHÉ-POLITIQUE - Le soleil, le vent, la lumière, l’air frais… tout cela m’aveugle et anéantie mes autres sens.
L'ACOLYTE - L’Édifice est si haut vu d’en bas, et les gens sont si grands vus d’ici.
ATTACHÉ-POLITIQUE - Je sais. Moi aussi je déteste cet endroit.
L'ACOLYTE - Séparons-nous. J’irai du côté droit de la rue, puis toi du gauche. Nous nous rejoindrons tout au bout, là où les deux côtés convergent : à la Taverne russe.
ATTACHÉ-POLITIQUE - Le Premier Ministre ne doit pas être tombé très loin. J’espère uniquement qu’il est toujours vivant : il chuta de plusieurs étages tout de même.
L'ACOLYTE - Ne t’inquiète pas. Ce Premier Ministre est comme l’Hydre de Lerne : coupez-lui la tête et il en repoussera deux.
(Ils se séparent. L’Attaché-Politique marchent quelques mètres puis aperçoit un énorme trou dans le toit d’un restaurant. Des débris et des détritus sortent par la porte et forment une traîné qui s’arrête peu avant le bout de la rue. Un clochard ramasse les débris en les scrutant à la loupe. Il en rejete certains, puis en conserve d’autres.)
ATTACHÉ-POLITIQUE - Vieil homme ! Que s’est-il passé ici ?
CLOCHARD – (Il ramasse ses débris et tous ses gestes s’appliquent à son ouvrage. En revanche, il parle de directions qu’il n’indique pas) Ben y’a un homme qui est tombé de là, pis qui est sorti par là, pis qui est allé par là. Mais je pense qui s’est pas rendu plus loin que là.
ATTACHÉ-POLITIQUE - (Stupéfait de tous ces « là » sans indication de lieu de la part du Clochard) Là ? Mais vous ne m’avez rien pointé !
CLOCHARD – (Irrité) Aille, aille ti-gars là ! C’é quoi l’problème hein ? Je ne pouvais pas te montrer, parce que… ben parce que.
(Il laisse s’échapper quelques jurons)
ATTACHÉ-POLITIQUE - Je m’excuse. Dites-moi uniquement par où il est parti.
CLOCHARD – Par là (il ne pointe rien)
ATTACHÉ-POLITIQUE - Au bout de la rue ? à la Taverne russe ?
CLOCHARD – (Surpris) Oui ! T’es perspicace ! Tu vas aller loin dans vie. Maintenant, laisse-moi seul, j’ai du boulot.
ATTACHÉ-POLITIQUE – Merci à toi vieillard.
CLOCHARD – (D’une voix qui s’éloigne) Va t’faire foutre !
(L’Attaché-Politique se dirige vers le bout de la rue, vers la Taverne russe)
ATTACHÉ-POLITIQUE - La Taverne russe, cela ne s’annonce pas très bien (Il prend son cellulaire puis compose le numéro de l’Acolyte) Viens me rejoindre à la Taverne russe, je crois qu’il est là-bas. (Il raccroche, puis il dit, à lui-même) Comme tous les chemins mènent à Rome, l’Empereur ne peut être nulle part ailleurs qu’à la frontière de la Russie.
(Plus on s’approchait de la Taverne russe, plus on entendait cris, clameurs et rires)

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